Musique et cinéma se nourrissent l’un l’autre depuis plus d’un siècle, et entretiennent un dialogue fécond qui nous mène parfois de la salle de concert à l’écran… et inversement !
Au cœur du paysage culturel actuel, la rencontre entre musique et cinéma connaît un engouement renouvelé qui réaffirme le lien naturel entre le grand écran et la salle de concert.

Raconter l’image
Au cinéma, la musique peut raconter sans paroles, et elle l’a démontré très tôt avec le piano qui soulignait la projection des premiers films muets. Et au fil du développement de cette relation symbiotique entre image et musique, on a pu voir que quelques notes peuvent suffire à annoncer un personnage, créer une tension ou nous faire ressentir un lieu. Pensez seulement aux deux fameuses notes devenues indissociables du requin depuis les Dents de la mer, une trouvaille du célèbre compositeur John Williams, à qui on doit aussi les thèmes de films devenus cultes comme Star Wars, Harry Potter ou Jurassic Park.
L’écriture si puissante et évocatrice de Williams puise largement dans la tradition symphonique du XXe siècle, avec des influences de Gustav Holst, Richard Wagner et Sergueï Prokofiev. Leitmotivs, grands thèmes héroïques et orchestrations éclatantes donnent à ses partitions une ampleur directement héritée de la musique de concert.
D’autres compositeurs pour le cinéma se sont appuyés sur des approches plus expérimentales pour ouvrir grand les portes de notre imaginaire. Mêlant sa formation classique et son intérêt pour Bach, Mahler et Stravinski à une grande liberté d’écriture, Ennio Morricone a par exemple eu recours à des sonorités populaires pour la bande originale du western Le Bon, la Brute et le Truand. Il y mélange notamment orchestre, guitare électrique et chœurs pour créer une signature sonore devenue mythique.
Le jazz a également eu une influence marquante sur le septième art. La partition qu’a offerte Miles Davis au film Ascenseur pour l’échafaud crée une atmosphère nocturne, minimaliste et profondément moderne. Enregistrée en une seule nuit après que Davis et ses musiciens eurent visionné le film, elle laisse une grande place à l’improvisation et à l’espace, comme si la musique respirait avec les images.
Faire (re)découvrir

Bien sûr, le cinéma ne fait pas que produire sa propre musique : il nous fait aussi entendre des œuvres qui existaient bien avant lui. Une valse de Johann Strauss II, un mouvement de symphonie de Beethoven, une œuvre de Debussy ou de Rachmaninov peuvent soudain devenir familiers parce qu’ils sont associés à une scène ou un personnage.
Le film crée ainsi un nouveau, voire un premier contexte d’écoute, et le cinéma devient alors une sorte de passeur, capable de faire entrer une musique vieille de plusieurs siècles dans l’imaginaire contemporain. Qui, aujourd’hui, peut entendre les premières mesures d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss sans voir surgir l’image du monolithe et des planètes de 2001 : l’Odyssée de l’espace ?
Inverser les rôles
Et parfois, le chemin se fait dans l’autre sens : certaines musiques de film quittent leur contexte original pour être jouées en concert par des orchestres, des ensembles de chambre ou des solistes.
Le parcours d’Alexandre Astier avec Kaamelott – Premier Volet en est un exemple particulièrement parlant. Ce comédien et réalisateur français, également musicien de formation classique et jazz, a composé et orchestré lui-même la bande originale de son film, qui suit sa fameuse série éponyme. Chez lui, la musique n’est pas un simple accompagnement : elle occupe une place centrale dès le processus de création.
D’ailleurs, la partition du film a rapidement quitté l’écran pour devenir un véritable ciné-concert. Interprétée en direct par l’Orchestre national de Lyon et le chœur Spirito pendant la projection, la bande originale est alors devenue une œuvre à écouter autrement, en portant attention aux orchestrations, aux thèmes, aux instruments et aux couleurs qui donnent vie à l’histoire.

Ce genre d’initiative s’inscrit dans un engouement qui gagne aujourd’hui les salles du monde entier. Et le Québec ne fait pas exception : des formations de toutes tailles, du quatuor à cordes au grand orchestre, s’emparent des musiques de film (et même de jeux vidéo) pour les revisiter avec leur propre sensibilité, sur de nouveaux instruments par exemple. Ces propositions captivantes ne manquent pas de toucher un public toujours plus vaste, tout en lui ouvrant de nouvelles portes sur la musique de concert.
Ainsi, qu’il s’agisse de programmes thématiques sur le cinéma, d’hommages à de grands compositeurs ou de ciné-concerts immersifs, la musique et l’image se répondent comme jamais. Entre le grand écran et la salle de concert, les chemins sont aussi multiples, riches et variés que les répertoires qu’on y découvre !

Tendre l’oreille
Voici une sélection d’oeuvres incontournables à découvrir… ou à réécouter!
- Main Title — John Williams, Star Wars
- The Ecstasy of Gold — Ennio Morricone, Le Bon, la Brute et le Truand
- Générique — Miles Davis, Ascenseur pour l’échafaud
- Adagio for Strings — Samuel Barber, Platoon
- Yumeji’s Theme — Shigeru Umebayashi, In the Mood for Love
- The Shape of Water — Alexandre Desplat, La Forme de l’eau
